BROUGHT TO LIGHT : A. MOORE & B. SIENKIEWICZ VS CIA

Avec l'agression américaine contre le Venezuela sous prétexte de...sous la raison déclarée de s'emparer du pétrole et des minéraux, c'est le moment idéal pour relire Shadowplay: The Secret Team, par Alan Moore et Bill Sienkiewicz. La mécanique impériale y était déjà clairement dévoilée, bien avant l'ère des réseaux, des lanceurs d'alerte et du retour officiel de la doctrine Monroe. Une œuvre à l'avant-garde au propos toujours aussi pertinent.


Une histoire de 30 pages publiée fin 1988 par Eclipse Comics dans l'anthologie Brought to Light – sous-titrée "Trente ans de trafic de drogue, de commerce d'armes et d'actions secrètes". L'anthologie, présentée comme un « docudrama graphique », s'inspire des poursuites judiciaires intentées en 1986 par le Christic Institute, un cabinet d'avocats d'intérêt public, contre des militaires et employés de la CIA accusés d'avoir pris part à des assassinats ainsi qu'à du trafic d'armes et de drogues pour les besoins de leurs opérations en Amérique centrale. Ces poursuites impliqueront une partie des accusés du scandale de l'Irangate, le système de financement de la CIA fondé sur le détournement du produit de ventes d'armes afin de soutenir les Contras dans leur guerre contre la révolution sandiniste au Nicaragua. La plainte du Christic Institute sera finalement déboutée, malgré « un aérodrome rempli de preuves, mais le juge ne travaillait pas vraiment dans ce sens », selon les propres termes de Moore. L'institut fermera ses portes quelques temps après, « rayé de la carte par les poursuites judiciaires de la CIA ».


Shadowplay: The Secret Team (dispo sur Internet Archive) ne représentait que la moitié de Brought To Light ; le livre était un flipbook politique, l'autre partie proposant Flashpoint: The La Penca Bombing, par Joyce Brabner et Tom Yeates. Alors que La Penca est une description documentaire rigoureuse d'un seul événement et de l'histoire l'entourant, Shadowplay a une ambition artistique et une portée politique plus grande. Shadowplay couvre presqu'un demi siècle d'histoire de la CIA, depuis la seconde guerre jusqu'à l'Irangate, en passant par Cuba ou le Chili, visitant de multiples barbouzeries, conflits et barbaries l'impliquant. Le narrateur est un aigle américain anthropomorphique sur le retour, un agent de la CIA à la retraite qui dans une logorrhée alcoolisée et nicotinée, dévoile tous les détails du passé sanglant de l'Agence.


Un comic book dense, intense, à l'ambiance surréaliste oppressante, paranoïaque, entre dessin façon patchwork pour illustrer la tonne d'information distillée, et des cadrages serrés quand la narration se concentre sur le sombre et éminemment antipathique personnage de l'aigle (la caricature est géniale). Le texte - omniprésent, il en a des choses à évacuer - privilégie le stylisation du lettrage à la lisibilité pour mieux capturer le ton hargneux, suffisant et cynique, de l'agent. Je vous invite d'ailleurs, après une première lecture traditionnelle, à la "relire" mais avec le texte en audio (en diagonale, plus pour apprécier la forme du texte tout en se perdant dans le visuel), magistralement interprété par Alan Moore en 1998. C'est l'expérience complète à mon sens, permettant aussi de mieux apprécier le choix d'une typographie bien énervée, au diapason de l'humeur de l'aigle et du contenu de sa diatribe. Moore restitue parfaitement ce monologue, accent américain et quintes de toux glaireuses inclues, et avec l'accompagnement sonore du compositeur Gary Lloyd, les pages du comic prennent toute leurs dimensions dramatiques (5 selon le Larousse).


Sur le contexte de cette performance audio, je vais encore citer Moore qui "name drop" dans une interview de l'époque un de mes écrivains SF préférés : « Je l'ai également fait sous forme musicale avec un musicien électronique appelé Gary Lloyd, qui a déjà travaillé avec Iain Banks, sur un projet mêlant "spoken word" et musique. »

Ça se connecte plus ou moins comme ça : Lloyd était un ami de Banks, travaillant avec lui depuis 1987 sur un projet de CD inspiré d'un de ses romans, The Bridge (1986, disponible en français sous le titre ENtreFER). En 1988 il compose pour une pièce de théâtre dirigée par Eric Jarvis adaptant le comic Violent Cases, de Neil Gaiman et Dave McKean, deux artistes alors en accointances avec Alan Moore. Fin 1989, comme le relate la biographie Alan Moore: Storyteller (2011, p. 260) de Gary Spencer Millidge, d'après des entretiens avec les intéressés, le Shadowplay de Moore et Sienkiewicz est adapté en pièce de théâtre, avec Gary Lloyd pour la partie sonore et Eric Jarvis à la mise en scène. Millidge n'est pas clair sur qui est à l'initiative de cette pièce, Moore, qui ne s'était pas directement impliqué, se contentant de consulter avec Jarvis et Lloyd. 
 
Gary Lloyd, Alan Moore et Iain Banks (photo: Gary Lloyd, Northampton, octobre 2008)

La pièce n'est jouée que quelques fois avant que la troupe ne se dissolve, ce qui poussera un Moore insatisfait, soucieux de donner une plus grande exposition au message, à solliciter Lloyd pour un enregistrement audio et la production d'un CD. Le disque sort en 1998, soit deux ans après celui de The Bridge, le projet de Lloyd avec Banks initié en 1987. Tous participent à un évènement pour le lancement du disque, où Moore et Banks interprètent des extraits de leur CD respectif. L'événement a lieu « en juillet 1998 au Telford's Warehouse à Chester, et non en décembre et à Telford comme indiqué dans Storyteller », la biographie de Millidge, précise Gary Lloyd dans un de nos échanges. Le CD de Brought to Light comporte même une citation de Iain Banks. Réciproquement, celui de The Bridge liste Alan Moore dans ses remerciements pour, toujours selon Lloyd, « avoir écouté les enregistrements en cours, donné son avis et apporté son soutien général ». Compte tenu de la dynamique, pas étonnant que les trois aient envisagé un projet commun, une chanson pour un album inspiré d'un autre roman de Banks, se rapelle Gary Lloyd : « Alan avait accepté de créer avec moi The Choir of Thirty-Three Alan Moores pour le projet extrêmement malheureux entrepris avec Iain, Espedair Street (dont environ 80 % du travail avait été achevé avant son décès), afin de servir d'introduction à une chanson intitulée Across From The Moon & Down (la chanson ne s'appelle pas The Choir of Thirty-Three Alan Moores). Nous n'avons jamais eu l'occasion de le faire, cela ne s'est pas produit [...] Mais... l'idée de cette chorale a continué à me trotter dans la tête... »

L'idée se concrétisera finalement quelques années plus tard, en 2017, mais comme introduction au final de l'adaptation en spectacle de théâtre et de danse du poème en prose The Mirror of Love, d'Alan Moore. Et c'est «  glorieux et terrifiant ! », dixit Gary Lloyd, évoquant également une possible future version en album. Vendu.

Visuel du CD (épuisé) chez Codex Books

Gary  Lloyd, qui en plus d'être musicien est aussi diplômé en mathématiques, expliquant ainsi sont rôle de consultant pour Moore sur son fascinant projet avorté de comic book fractal, Big Numbers (1990), avec toujours Bill Sienkiewicz au dessin. 

Un témoin privilégié qui s'est retrouvé dans une position unique à collaborer avec deux des figures les plus marquantes de la pop culture britannique de ces dernières décennies. Et les deux génies s'appréciaient, comme en témoigne une vidéo de très mauvaise qualité d'une intervention de Moore dans une convention en 2008, dans sa ville de Northampton. Il y présente les invités d'une conférence avec Iain Banks, précisant qu'ils se connaissent depuis longtemps, évoquant même leur première rencontre, avant de conclure avec humour : « je ne m'attendais pas à avoir autant de concurrence sur mon propre terrain ». De son côté, Banks se montre élogieux dans une émission littéraire en 2007 (The Book Show sur Sky Arts), y déclarant à propos du premier roman de Moore, La Voix du feu (1996), je cite un article de l'époque du précieux et sérieux fanzine The Banksonian (#12), « qu'il ne pensait pas pouvoir écrire lui-même un tel livre, alors que pour la plupart des romans qu'il lit, il a le sentiment qu'il aurait pu s'y essayer s'il l'avait voulu ». Ce roman, ainsi que Watchmen, fait partie d'une liste d'influences et auteurs admirés par Banks disponible sur son site officiel. The Banksonian (#17) rapporte même un article du Guardian de février 2012 annonçant une nouvelle édition de L'homme des jeux, roman de Banks, incluant un extrait de La voix du feu... 

Autant de traces indirectes de « l'admiration mutuelle immense que ces deux-là avaient l'un pour l'autre » (Gary Lloyd).


Shadowplay: The Secret Team occupe manifestement une place à part dans le travail de Moore et Sienkiewicz. C'est une œuvre pleine de convictions formelles et politiques, de prises de risques formelles, et politiques. C'est un comic book militant. Un choix courageux, ils étaient à leur pic professionnel à cette époque et la plainte du Christic Institute avait été rejetée plusieurs mois avant la sortie de l'anthologie. Le terrain était donc déjà miné et le contexte politique US - Bush senior venait de succéder à Reagan à la présidence - n'a certainement pas joué en leur faveur. Dans un commentaire public en 2011 sous une image de Shadowplay sur sa page Facebook, Sienkiewicz regrette « l'époque où les comics étaient plus que des scénarios de films avec des bulles de dialogue, où le journalisme politique narratif illustré n'était considéré ni comme un oxymore, ni comme une anomalie ». Moore quant à lui, s'intéresse à la possibilité d'explorer le potentiel des comics comme moyen d'information politique, déclarant être frappé par « le fait que la plupart des gens aujourd'hui ne liraient pas une page d'analyse politique même si leur vie en dépendait, ce qui pourrait bien être le cas parfois » (Comics Scene #5, 10.1988).


Hélas Brought to Light, malgré le travail incroyable de Moore et Sienkiewicz, leur réputation déjà établie, l'importance du sujet et des révélations, leur actualité, n'a pas rencontré l'écho espéré à sa sortie et reste aujourd'hui encore largement méconnu. En France, une planche de Shadowplay est actuellement exposée jusqu'en août prochain à la Cité de la bande dessinée et de l'image d'Angoulême, magnifique, mais l'anthologie elle reste toujours inédite. Dans une interview pour le Comics Journal en février1991 (#140), Moore, en évoquant l'accueil réservé à l'anthologie, regrette l'absence « d'une plus grande couverture médiatique », précisant que « certains journaux et magazines nationaux ont évité de chroniquer Brought to Light, non pas en raison de sa qualité, mais parce que le moment n'était pas opportun sur le plan politique ». En d'autres termes, une auto-censure. Même timidité chez Warner, l'éditeur initial qui refile le projet à Eclipse, un indépendant synonyme de sortie plus confidentielle. Dans un autre entretien en cette même année 1991 pour le magazine musical Ptolemaic Terrascope, Moore revient sur ce fait, en le contextualisant par le contenu de l'anthologie révélant « une collaboration entre la CIA, la mafia et divers groupes d'extrême droite à travers le monde, et j'ai dû réfléchir longuement avant d'accepter ce travail ; je ne suis pas forcément quelqu'un de courageux. À l'origine, Brought To Light devait être publié par Warner Books, jusqu'à ce que nous apprenions soudainement que Warner s'était retiré du projet ». Un projet politiquement radioactif.

L'anthologie était partie prenante du combat mené par le Christic Institute, dont une des missions consistait également à diffuser l'information ; de quoi signer la fin de la confidentialité de leur ligne téléphonique, à minima. Anecdotes croustillantes à ce sujet, rapportées en 2022 dans un fil de discussion sur le profil Facebook de Bill Sienkiewicz, où l'auteur Rick Veitch y dévoile qu'Alan Moore lui « a raconté que plusieurs années après la publication de BTL, il avait croisé la personne qui habitait auparavant en face de chez lui. Celle-ci lui avait avoué que les services secrets britanniques avaient installé un poste d'écoute dans son appartement afin de surveiller Alan ». Et Sienkiewicz de rebondir : « Au moment où je faisais du B2L, au cœur du quartier artistique de Westport, dans le Connecticut, j'ai été confronté à une situation étrange impliquant une "mystérieuse camionnette blanche sans fenêtres" ; l'une d'elles était garée de l'autre côté de la rue, en face du YMCA, juste en face de mon studio. Pendant des semaines, jour et nuit, week-ends compris, mais de manière totalement aléatoire. Chaque fois que je me rendais au YMCA, la camionnette faisait mine de "partir" et s'éloignait. Je recevais des appels étranges sur mon téléphone (avant l'ère des portables), des appels coupés et des appels de personnes qui refusaient de s'identifier. Je sentais qu'il y avait quelqu'un au bout du fil, mais personne ne parlait. Puis la ligne était coupée et la tonalité reprenait. Puis, un jour, la camionnette a disparu. »


Alan Moore aura même droit à des lettres de menaces de mort de la part « d'un néonazi à moitié analphabète de Flatbush, dans le New Jersey », avec des « "Fais gaffe à ton cul, sale hippie" et d'autres choses du même genre, signées d'une croix gammée et accompagnées de descriptions plus graphiques et détaillées de ce qu'il aimerait vous faire pour avoir écrit cette obscénité communiste » (Comics Journal #138, 10.1990). Et les auteurs, avec les membres du Christic Institute, n'ont pas été les seuls à expérimenter des montées de sueurs. Moore raconte ainsi comment Jello Biafra des Dead Kennedys, le fameux groupe punk hardcore américain, a décliné la proposition de distribuer sur son label le CD tiré de Brought to Light : « Nous avons reçu une réponse très sympathique de Jello Biafra qui disait en substance : "Écoutez, je trouve ça génial, mais la CIA vient de mettre complètement à mal le Christic Institute, elle l'a détruit à coups de procès. Si elle peut faire ça au Christic Institute, elle peut certainement le faire à Jello Biafra", et il a donc décliné l'offre à contrecœur, car la situation était un peu trop délicate pour lui ».

Côté distribution du comic book, les choses ne sont pas non plus passés au mieux d'après Gary Lloyd, ce qui a grandement contribué au manque de succès : « D'une manière générale, il est vrai que le comic n'a eu que peu d'impact. L'histoire l'a largement rattrapé, et c'est une bonne chose. Outre l'absence de critiques due à un climat de peur, le pire était le nombre de libraires qui refusaient de vendre le titre. Même la grande chaîne WH Smith refusait de le vendre, et à l'époque, c'était l'un des plus grands magasins non spécialisés qui vendaient des comics, ce qui était un coup dur. J'ai trouvé une dizaine, oui une dizaine, d'exemplaires neufs de BTL dans une librairie discount à Chester vers 1991, au prix de 1 £ pièce. De nombreux exemplaires du livre ont également été détruits, ce qui n'a pas aidé ! Il n'a certainement pas reçu l'accueil qu'il méritait. »

Pour paraphraser Alan Moore (et préserver mon budget citations, déjà bien entamé) qui a écrit beaucoup de comics d'horreur, Oliver North - un des acteurs principaux de l'affaire de l'Irangate - est un personnage bien plus terrifiant que tout ce qu'il a pu créer.


Sur la base du dossier de plainte de 300 pages du Christic Institute, et d'une « montagne de matériel de référence », Moore livre un scénario de 100 pages à Bill Sienkiewicz (vidéo ci-dessus), en charge de l'illustrer en 30 pages. Une masse de données que Moore entend distiller en s'appuyant sur l'attrait « intrinsèquement sensationnel et divertissant » des comics, à même de communiquer des « informations factuelles assez détaillées, des points intellectuels ou moraux assez subtils d'une manière que les gens peuvent assimiler » (Comics Scene #5, 10.1988). On peut sans peine imaginer que la longueur du scénario était aussi en raison de la tonne de notes d'intentions visuelles et de composition de Moore, habitué à donner des indications détaillées à ses dessinateurs tout en prenant en compte leur personnalité artistique. Il n'est ainsi pas rare de voir une de ses idées graphiques attribuée à au dessinateur, et Shadowplay n'y échappe pas, alors que la « plupart des excentricités de Bill étaient prévues dans le scénario », dévoile Moore en réponse à des critiques sur certains choix graphiques, un peu plus d'un an après la sortie de l'anthologie. Et il développe : « Bill ne faisait souvent que ce que je lui demandais de faire. Certaines des choses qui semblaient être des envolées sauvages et orgiaques, pour lesquelles Bill est connu, ont en fait été dirigées par moi. Cela ne minimise en rien la contribution de Bill, car il a su donner vie à ces idées avec beaucoup de verve, et certaines d'entre elles étaient purement et simplement de lui. Cependant, la plupart des choix visuels les plus extravagants m'appartenaient. » (Comics Journal #140, 02.1991).


Sienkiewicz est quant à lui satisfait de leur collaboration sur Shadowplay (de la « realpolitik via Kafka » dira-t-il des années plus tard), malgré la différence de caractère avec un Moore « très en contrôle », alors que lui a « tendance à être plus abstrait » (Deadline #17, 04.1990). Cette expérience et leur projet avorté Big Numbers, lui inspireront ces lignes dans un billet posté en 2011 sur le blog du journaliste Pádraig Ó Méalóid : « À ce stade, j'aimerais dire que tout ce que vous avez entendu à propos des scénarios d'Alan est vrai, et même plus. Alan est un génie, un vrai gentleman. C'est aussi simple que ça. Oui, ses scénarios sont denses. Ils sont brillants, complexes, nuancés, variés, texturés, magnifiques et intimidants. Tout cela à la fois. Et bien qu'Alan soit incroyablement respectueux et généreux en ce qui concerne les modifications apportées par l'artiste, les scénarios supplient, non, exigent d'être respectés dans leur intégralité. C'est pratiquement sacré. »

Je n'ai pas vérifié les faits relatés dans Shadowplay qui me sont moins connus - l'anecdote sur Nixon lors de l'assassinat de Kennedy est vraie, celle-là je l'ai checké parce que le petit arc narratif qu'elle boucle, commencé par une malicieuse et parfaite transition impliquant Pepsi, forme une figure de style brillante - et je veux bien croire que certaines hypothèses n'aient pas été depuis totalement étayées, mais dans leur vaste majorité toutes ces machinations sont aujourd'hui avérées, documents et témoignages à l'appuis. Déjà le Chili, je confirme... En réalité, tout ce que nous avons appris depuis, à condition d'avoir prêté attention, va bien au-delà et surtout, on voit désormais le système décrit dans Shadowplay à nu, opérant au grand jour, toutes griffes sorties.

La satire est devenue réalité, c'est désormais notre quotidien informationnel.

En conclusion de la relation d'une anecdote d'un ami réalisateur ayant fait lire l'anthologie à un consultant, un ancien gars du renseignement choqué par la justesse des informations et de la caractérisation psychologique de Shadowplay, Moore confessait : « Je pense que Brought to Light est la satire la plus réussie que j'ai jamais écrite. Une satire au sens ancien du terme, c'est-à-dire une satire qui dresse un portrait grotesque et peu flatteur de quelqu'un, mais qui n'en reste pas moins vrai, au point que même les personnes concernées ne peuvent le contester. »


La principale métaphore narrative utilisée par Moore tout au long de l'histoire, consiste à représenter 20 000 morts par une piscine remplie de sang. Quelques mois seulement après la sortie de Brought to Light commençait la première guerre du Golf, suivie de nombreuses autres dans tous les coins du monde, avec leurs lots de "jeux secrets" plus ou moins grossiers pour les vendre et les financer, et les centaines de milliers de morts directs (on compte en millions pour indirects) à justifier. Une mer de sang prophétisée par Shadowplay.


Postface :

Une blague sud-américaine qui résume parfaitement toute cette affaire. De tête, ça donne quelque chose comme ça : 

"Vous savez pourquoi il n'y a jamais eu de coup d'état aux US ? Parce qu'il n'y a pas d'ambassade américaine dans le pays..."

Un énorme remerciement à Gary Lloyd pour sa disponibilité, ses précisions et sa relecture.

NOTES :

Playlist YT Christic Institue avec doc & itws.
- Scan itws Alan Moore pour presse écrite. 
- Pas relié à Brought to Light mais illustrant bien l'actualité de son propos, une passionnante itw YT sur la chaine du journaliste Chris Hedges (ancien  correspondant de guerre), de Seth Harp pour son livre The Fort Bragg Cartel: Drug Trafficking and Murder in the Special Forces (2025). Un exemple parmi d'autres centré autour de l'intervention US en Afghanistan.
- Page wiki sur les accusations de trafic de drogue par la CIA (le cas Irangate/Contra y est listé).

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